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 RebusExternis

« LA PAIX SOIT AVEC VOUS, Jean 20, 19 ». LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU TCHAD S’AFFIRME DANS LE CHAMP DE LA PAIX ET LA DIPLOMATIE SPIRITUELLE

23 Avril 2021, 11:32am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c)Anthony Ham/Gettyimages

Le 22 avril 2021, à la suite de la mort tragique du président Idriss Deby, la conférence épiscopale du Tchad, par l’entremise de l’archevêque métropolitain de Ndjamena, a rendu public un communiqué dans lequel elle se positionne sur la situation politique fragile actuelle que traverse ce pays d’Afrique centrale. Cette sortie remarquée des hommes inspirés, agissant à titre individuel ou collectif pour la recherche de la paix sur le continent, vient, une fois de plus, confirmer le rôle pacificateur que peuvent jouer les institutions religieuses tant au niveau local que sur le plan international.

Façonnée par le pacifisme au cœur de la fondation de la foi chrétienne, la conférence épiscopale à travers son communiqué, mettant au cœur du changement positif «  une conversion profonde »  des citoyens tchadiens, chacun en ce qui le concerne,  cherche à prolonger un message spirituel censé être porté le collectif des fidèles et les citoyens, en général. Au plus concret, à travers cette démarche, cette institution marque son attachement aux valeurs religieuses fondant son identité  tout en jouant un rôle positif dans le processus de diffusion d’un message de paix, de renonciation à la violence et de réconciliation. La période de trouble actuelle, caractérisée par un conflit qualifié de « fratricide » ayant conduit à la mort du président Idriss Deby, se révèle, en effet,  propice pour la réaffirmation des pratiques de pacification originales, matérielles et immatérielles, portées par des valeurs religieuses.  

 

Dans sa démarche et fidèle à son identité politique et sociale, la conférence épiscopale exploite largement des références religieuses qui apportent une légitimité incontestable, à la fois sociale et spirituelle, à son action. Ainsi, la paix des évangiles que l’on retrouve dans « Jean 20, 19 »  constitue la trame voire le pilier du message pacificateur adressé à l’endroit des citoyens tchadiens et plus particulièrement à ceux ayant recours à la force des armes. Au sens du communiqué, cette paix des cœurs et des esprits est la thérapeutique idéale pour « les angoisses » actuelles, et le fortifiant indispensable pour les « espérances » du peuple tchadien.

Consacrant une forme de diplomatie spirituelle s’adressant d’abord au niveau de l’individu puis à la société, la paix dont il est question, et à laquelle la conférence épiscopale se veut le chantre, transcende les divisions de toutes sortes et favorise, ce que nous appelons  une réconciliation profonde. Forgée autant dans la conscience de l’histoire collective que de la mémoire communautaire positive, cette réconciliation n’est pas défaite ou victoire d’une partie sur une autre, mais bien plutôt « victoire de la paix sur la violence ». Elle n’est pas rapport affirmé de puissance par les armes, mais bien plutôt dialogue sincère et juste. Elle n’est pas en fin de compte, triomphe du mépris, de l’arrogance, de la patrimonialisation des biens communs, et manipulation des institutions; elle est bien plutôt « respect des personnes », « souci du bien commun », respect des institutions  et « justice sociale ».

Confession pour confession, cette démarche appréciable de la conférence épiscopale renforce certainement le caractère indispensable des démarches pacificatrices par le bas condamnant de façon originale le recours à la violence destructrice et reconnaissant par-dessus tout l’importance de la personne humaine dans les sociétés.

Tanger le 23/04/2021, 2H23.

Communiqué intégrale de la conférence épiscopale
Communiqué intégrale de la conférence épiscopale

Communiqué intégrale de la conférence épiscopale

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Policy brief: ANALYSE PRAGMATIQUE DES USAGES CONTEXTUALISES DU SLOGAN POLITIQUE « UN COUP K.O »DANS LES CAMPAGNES ÉLECTORALES EN AFRIQUE DE L’OUEST

20 Avril 2021, 11:24am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c) shutterstock

Chers lecteurs, nous vous proposons ci-dessous l’introduction d'un policy brief inédit sur le slogan politique "UN COUP K.O". Il peut être mis à votre disposition sur simple demande! Bonne lecture

ANALYSE PRAGMATIQUE DES USAGES CONTEXTUALISES DU SLOGAN POLITIQUE « UN COUP K.O »DANS LES CAMPAGNES ÉLECTORALES EN AFRIQUE DE L’OUEST

Résumé

Il n’est pas rare que les entrepreneurs politiques, dans leurs stratégies et méthodes pour la conquête du pouvoir politique, empruntent à d’autres domaines des mots particuliers. La popularisation du slogan « un coup KO », au cours des dernières élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, notamment en Guinée Conakry, en Côte d’Ivoire et au Niger, expose bien ce processus d’exportation et d’introduction d’expression spécifique à d’autres champs, en l’occurrence aux sports de combat, à celui de la compétition électorale. Dans les discours politiques et les articles de presse retraçant l’actualité des campagnes électorales de ces élections présidentielles, ce slogan a acquis une saillance et des usages aux facettes multiples que le présent policy brief tente de démontrer selon un prisme pragmatique.

Introduction

Le slogan politique est bien souvent considéré comme un indicateur de la vitalité de la parole politique dans sa fonction persuasive. Même si ce constat est parfois exagéré et/ou dénié, il est par contre irréfutable, aujourd’hui ,que le slogan politique est un invariant des étapes fondamentales de la vie démocratique des États ; lors des campagnes électorales, il a, au sens de certains travaux, cette capacité d’influencer[1] et de marquer les esprits. Il aurait également ce pouvoir  de rallier, de faire marcher, au sens propre comme au sens figuré[2]

De l’originalité de ces quelques potentielles fonctions assumées par les slogans politiques  lors des échéances électorales, les entrepreneurs politiques et leurs différents états-majors ne lésinent sur aucun moyen pour imaginer ou forger des slogans susceptibles de marquer l’électorat et porter leur message politique « […] d’une manière aussi claire et « raisonnable » que possible »[3].  Ainsi, n’est-il pas rare que, dans ce processus d’ingénierie de communication politique pour la quête ou la conquête de mandat  politique, les entrepreneurs politiques s'inspirent ou se nourrissent très largement d’objets, d’expressions ou actes langagiers particuliers appartenant à d’autres domaines proches ou lointains. La popularisation du slogan « un coup K.O » au cours des dernières élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, notamment en Guinée Conakry, puis en Côte d'Ivoire et au Niger, expose bien ce processus d’exportation et d’introduction d’expressions spécifiques à d’autres champs, en l’occurrence aux sports des combats,à celui de la compétition électorale.

Entamée en Guinée Conakry, lors de la campagne pour  l’élection présidentielle[4]du 1 er octobre 2015 où le président sortant, Alpha Condé, était à la recherche d’un nouveau mandat, cette formule concise, épousant les contours de la nature antagonique de l’activité politique, s’est propagé dans les campagnes électorales ivoirienne et nigérienne de 2015 où elle a été reprise, pour l’essentiel, par les responsables des partis au pouvoir à la quête du renouvellement du mandat de leur leader.

États[5]

Début campagne électorale

Candidat du parti au pouvoir

Nombre de candidats en lice

Guinée Conakry

10 septembre 2015

Alpha condé

8

Côte d’Ivoire

09 octobre 2015

Alassane Drame Ouattara

10

Niger

30 janvier 2016

Mahamadou Issoufou

15

Figure 1- tableau synoptique des campagnes électorales et des acteurs étudiés- source : auteur

Dans plusieurs communications officielles, orales et écrites, dont les fréquences furent amplifiées la plupart du temps par les mass médias, les locuteurs des partis politiques au pouvoir, engagés dans les différentes campagnes présidentielles, ont usé de façon directe ce slogan politique ou des dérivés pouvant s’y rattacher. Ce fut le cas de l’épouse du candidat du RHDP[6],Dominique Ouattara, qui, dans une allocution aux femmes de Côte d’Ivoire, appela en langue locale à faire triompher le fameux « Coup K.O ». « Je compte sur vous pour qu’au soir du 25 octobre 2015, Alassane Ouattara soit élu TAKOKELE, je dis bien TAKOKELE… un coup KO mes chères sœurs »[7]. Ce fut également le cas du candidat du PNDS[8] au Niger, le président sortant, Mahamadou Issoufou, qui fit, lors d’une sortie de campagne, le  31 janvier 2016, la promesse de passer dès le premier tour. « Nous allons passer dès le premier tour »[9].

Dans les campagnes électorales à l’étude, les prises de paroles politiques similaires ont été récurrentes. Elles indiquent donc que le slogan politique « un coup K.O » a occupé un pan de l’espace discursif politique. Si, cette réalité apporte du crédit supplémentaire au constat selon lequel la politique demeure une entreprise de communication où prolifèrent les sens figurés[10], il reste que le slogan à l’étude est potentiellement riche d’enseignement en ce sens qu’il peut être le révélateur d’initiatives et d’objectif politiques complexes. Nul ne pourrait en effet remettre en cause le fait que ce slogan, à l’instar de tout autre slogan, appréhendé par Reboul Olivier, et considéré également dans cette réflexion, comme une« formule concise et frappante, facilement repérable […]»[11],a acquis dans différents discours et supports médiatiques une saillance et des usages aux facettes multiples, que nous nous proposons de faire état à travers un prisme pragmatique.

La conduite d’une étude pragmatique des usages contextualisés du slogan politique un « coup K.O » dans les campagnes électorales de 2015 et 2016 en Guinée Conakry, Côte d’Ivoire et Niger est susceptible de s’appuyer sur un corpus éclaté, dont l’essentiel gravite autour des discours politiques proprement dits et des articles de presse ayant retracé l’actualité de ce slogan politique. Ce trait distinctif de notre corpus, composé de 9 (neuf)articles de presse, et 4 (quatre) discours, sélectionnés en fonction des critères d’accessibilité et de disponibilité, s’explique par le fait que l’objectif de cette réflexion n’est pas de cerner les spécificités de tels ou tels supports de communications politiques ou partis politiques, mais de déceler les usages contextualisés récurrents du slogan politique« Un coup K.O ». Un tel examen peut valablement s’appuyer sur une approche pragmatique dont l’un des mérites, au sens de Marlène Coulomb-Gully[12],est de relier un texte à son contexte, c'est-à-dire d’intégrer dans l’analyse la relation existante entre  un énoncé et son contexte de production. Dès lors, la pragmatique pourrait permettre, en saisissant le contexte social et linguistique, de dépasser l’écueil d’une simple lecture linguistique du slogan « un coup K.O ». Au demeurant, la pragmatique permet d’intégrer dans l’analyse les conditions de circulation et de réception de ce slogan qui ne sont pas de simples circonstances annexes aux discours dans lesquels ce slogan s’insère, mais structure les sens à donner à ce dernier. Ne cherchant pas une exhaustivité difficile à atteindre, le corpus formé en majorité d’articles de presse dans lesquels on retrouve le mot clé « un coup K.O », reproduisant l’actualité du slogan à l’étude tout au long des différentes campagnes présidentielles étudiées, offre des éléments probants pour analyser les usages du slogan politique « un coup K.O »  sous deux aspects essentiels : au niveau de la recherche d’une légitimité supplémentaire et au niveau de l’opposition à l’adversaire politique. [...]

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Le temps des archives: Le Cromlech de M’zorah et « l’homme de Tanger »

12 Avril 2021, 11:45am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

En parcourant, à tout hasard, les éditions du journal de Tanger du  13 et 20 juin 1970, il a été intéressant de constater qu’à ce moment précis de l’histoire, les potentiels archéologique et préhistorique de la ville du détroit faisaient l’objet d’une attention particulière. Hommes de sciences et citoyens ordinaires s’intéressaient avec une curiosité gloutonne aux mystères anciens que recelaient le sol et le sous sol de la ville du détroit et ses environs. Cet intérêt était si important que, dans une correspondance adressée à la rédaction du journal de Tanger, au sujet de « l’homme de Tanger », un néandertalien, vraisemblablement « plus archaïque » que ceux d’Europe (selon le paléontologue Piveteau), le Dr Jean Faure (expert de l’organisation mondiale de la santé) soutenait, sans réserve, l’idée du Dr Guement de constituer un groupement de recherches d’archéologie et de préhistoire dans le nord du Maroc. Pour les deux hommes de sciences, il était nécessaire et même impératif de lever, avec méthode et rigueur, les zones d’ombre sur les importantes découvertes archéologiques effectuées dans la région, prioritairement sur le Cromlech de Ben M’Zora, situé aux encablures d’Assilah, et sur « l’homme de Tanger ».

Dans sa note, parue dans l’édition du Journal de Tanger du 13 juin 1970, le Dr Guement tente ainsi de mettre en évidence l’importance d’une telle recherche, en faisant des rapprochements avec le Cromlech de Stonehenge, en Grande Bretagne et celui de M’Zorah, au Maroc. A la lueur d’observations d’ordre astronomiques effectuées au Cromlech de Stonehenge, il s’interroge principalement sur la raison d’être du Cromlech de M’zorah, un site qui fut sensiblement créé entre -1800 et -900 avant Jésus Christ. Il se demande plus précisément si le Cromlech de Ben M’zorah est un observatoire astronomique primitif, au même titre que le Cromlech de Stonehenge, en Grande Bretagne.

Situé à une quinzaine de Kilomètres de la ville d’Asilah, dans la commune de Sidi El Yamani, les recherches effectués jusqu’ici sur ce site ont permis d’établir (provisoirement) qu’il s’agit du plus important site mégalithique du Maghreb. Il fait une cinquantaine de mètres et est constitué, selon André Denabath (professeur honoraires des universités et ancien directeur de la mission préhistorique et paléontologique française au Maroc) d’un tertre funéraire de plus de 50 mètres de diamètre, cerclé de 167 monolithes (pierres) dont le plus important mesure plus de 5 mètres de hauteur. Moins qu’un observatoire astronomique, plus qu’un simplement monument funéraire, le Cromlech de Ben M’zora est certainement un des témoins  de l’histoire ancienne de la région du Nord du Maroc, au même titre que « l’homme de Tanger », dont à l’âge, à l’époque,  fut estimé par le Dr Jean Faure, dans sa correspondance du 20 juin 1970, dans une fourchette comprise  entre 100.000 et 400.000 ans.

L’intérêt du Dr Jean Faure pour des recherches approfondies sur « l’homme de Tanger », réside, entre les lignes de sa correspondance, sur la nécessité de lever les zones d’ombres sur « l’homme de Tanger », dont les débris anatomiques reaffirmaient le caractère propice et adéquat de la région à des recherches archéologiques. Il suggérait ainsi avec emphase la reprise des recherches concernant cet homme préhistorique « dont, écrivait- il, nous possédons quelques débris anatomiques à peu près indéchiffrables »(Piveteau).

La correspondance de ce passionné de préhistoire a ceci d’intéressante qu’elle suggère que « l’homme de Tanger » appartiendrait au groupe des « paléanthropiens représenté principalement par les hommes de Neandertal et porteurs de la civilisation de la pierre taillé Levalloiso-moustérienne ». Elle suggère, par ailleurs, à l’aune des observations d’une collection d’objets préhistoriques de Fournier, constitué de corats et d’un grattoir moustérien, la présence des vestiges de la civilisation précitée. La découverte par d’autres chercheurs, en 1939[1], d’une portion de maximilaire supérieur d’enfant avec deux dents en place, et d’une molaire supérieure, représentaient, aux yeux du Dr Jean Faure, des espoirs de réalisation d’autres découvertes plus surprenantes. Il suggérait alors, comme une sentence, toujours d’actualité, que « la recherche demande plus de flair, de patience, et d « huile de coude » que de crédits ».

Tanger le 12 avril 2021.


[1] Cette decouverte est mentionnée dans le tome VII du traité de Paléontologie de Piveteau.

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Recension: "COMMENT DONALD TRUM A-T-IL CHANGE LE MONDE ? LE RECUL DES RELATIONS INTERNATIONALES.

9 Avril 2021, 09:31am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c)franceculture

Dans leur essai intitulé Comment Donald Trump a-t-il changé le monde ? Le recul des relations internationales,  Charles-Philippe David, professeur titulaire de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, et  Élisabeth Vallet, professeure agrégée en études internationales au Collège militaire Royal de Saint-Jean et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), se questionnent sur le recul actuel des relations internationales dans presque « tous les domaines ». Ils essayent plus précisément, dans cet essai de 98 pages, publié aux éditions du CNRS, de poser un regard critique sur l’accélération du recul des relations internationales, entériné par l’election de Donald Trump et le contexte pandémique actuel. Ainsi, défendent-ils la thèse selon laquelle « la politique étrangère de Donald Trump accélère une tendance (reflux des relations internationales) déjà amorcée et qui, dans le contexte actuel, pourrait s’avérer irréversible ».

Á cheval entre un procès de la politique étrangère de Donald Trump et ses conséquences sur la trajectoire des relations internationales post guerre froide, le livre écrit dans un style accessible au grand nombre, offre, globalement, une vision réaliste de la tendance au recul des relations internationales en marquant un arrêt sur quatre grands axes : diplomatique, sécuritaire, démocratique et normatif. Dans ces quatre secteurs, formant l’ossature de l’essai, les auteurs observent des reflux significatifs et les attribuent pour une large part aux  orientations et aux décisions de l’administration Trump en politique étrangère. Avant d’aborder au concret ces « reculs », ils prennent le soin d’apporter des éléments de compréhension, essentiellement réalistes,  sur la manière avec lesquels le monde change et le potentiel contenu de la notion de recul en relations internationales. Ainsi, reprennent-ils à leur compte la thèse de Giplin postulant que « la transition entre deux mondes s’effectue généralement dans la violence et la guerre, et à l’issue d’une ère d’instabilité où des reculs importants sont observables dans les rapports internationaux ». Ces périodes de transition chaotiques sont généralement marquées par le retour ou la prédominance de stratégies de repli sur soi (nationalisme, protectionnisme, etc) qui entretiennent tensions et crises diverses. Dès lors, seuls la chance et/ou un leadership engagé seraient en mesure d’empêcher les escalades.

Une fois le lien entre changement du monde et tendance au recul des relations internationales établi, les auteurs présentent ce qui à leurs yeux apparaît comme les reculs significatifs des relations internationales exacerbés ou entretenus par la politique étrangère de Donald Trump et le contexte pandémique actuel. Quels sont au concret ces reculs recensés dans l’essai :

1°Au niveau diplomatique, ils relèvent avec insistance que la  présidence de Donald Trump a « d’abord et avant tout transformé le rôle qu’ont joué les États-Unis depuis soixante-quinze ans dans la construction du système international ». À rebours des autres administrations américaines, il est soutenu que la politique étrangère « trumpienne » s’est abstenue de rechercher une hégémonie sur l’ordre international et a considérablement réduit son implication dans l’ordre mondial. Autrement, le supposé leader des relations internationales s’est illustré par une attitude de désengagement.

Ce repli sur soi, qui, disons-le, n’est pas synonyme  d’isolationnisme au sens strict, mais ressemble plus à la concentration des efforts sur les intérêts nationaux, porté au firmament rhétorique par le  slogan-action « l’Amérique d’abord, » a eu au moins deux conséquences majeures : la fragilisation des assises du système international, des alliances et institutions multilatérales et normes démocratiques autrefois défendus par Washington, d’une part ; d’autre part, elle a favorisé des guerres commerciales au nom du protectionnisme, la prolifération des sanctions contre les États proches ou lointains, le retrait de traités importants qui visent à instaurer la stabilité, et la remise en question d’alliances comme l’OTAN, qui sont vitales, selon les auteurs, pour l’ordre international.

2-Au niveau sécuritaire, les auteurs de l’essai relèvent que le retour marqué des États-Unis dans leur carapace sous l’impulsion de Donald Trump n’a pas entamé l’importance accordée par  Washington à sa puissance militaire. Tout au contraire, ce repli aurait renforcé le besoin de consolidation du sentiment de sécurité (autonome) des États-Unis. Ils notent ainsi que les quatre années de la présidence de Trump ont été fortement marquées par l’accroissement des budgets militaires, et le renforcement considérable de la sécurité du pays contre diverses menaces réelles ou imaginaires, à l’instar de la supposée menace représentée par les flux migratoires. Au concret les auteurs constatent que sous Donald Trump la recherche et le développement à vocation militaire ont été dirigés principalement dans deux directions. Une direction prospective cherchant à faire face aux guerres futures et une direction méliorative (diagnostic) cherchant à  résorber les vulnérabilités structurelles actuelles de leurs moyens de défense. Cette attitude belliqueuse douce qui, au sens des deux auteurs, s’inscrirait à contre-courant d’une période supposé avoir été marquée par le contrôle des armes, a accentué les rivalités et criminalisé davantage les autres acteurs proches ou lointains des relations internationales. Ici, la responsabilité de la recrudescence contemporaine de la course aux armes est largement attribuée aux Etats-Unis  qui se sont, par exemple, construit un porte-avion (Uss ford) dont le coût (13 milliards de dollars) représente l’équivalent du budget défense de la Pologne ou du Pakistan. C’est donc en toute logique qu’un climat de méfiance et de suspicion prend davantage le pas sur celui de la coopération, du multilatéralisme ; que la chine et la Russie emboîtent le pas aux Etats-Unis…dans la course aux armes.

3-Au niveau démocratique, les auteurs se rangent du côté des spécialistes arguant que notre époque est fortement caractérisée par une « récession » démocratique » dont les causes sont à recherchées dans « la recrudescence du populisme », l’attrait de l’autoritarisme, encouragé par la pandémie,  et à l’élection de Donald Trump. Sur ce dernier point, le désengagement des Etats-Unis en matière de promotion des valeurs démocratiques contribue fortement, au sens des auteurs, à alimenter les reculs démocratiques observables aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde. Cependant, reconnaissent les auteurs, le "trumpisme" n’a pas amorcé cette érosion démocratique, mais il n’est que venu l’accélérer substantiellement. Car «  les mots et les gestes de Donald Trump ne vont pas dans le sens de la promotion de la démocratie, pas plus à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis, contribuant ainsi à alimenter les reculs démocratiques. »

4-Au niveau normatif, ils notent que c’est le secteur qui enregistre le « plus grand recul des relations internationales », car les reculs ici affectent considérablement les normes et les droits de la personne ; autrement des fondements incontournables des relations internationales. « La décennie 2020 semble faire poindre à l’horizon le retour de facteurs préoccupants pour la stabilité et la sécurité du monde » avancent-ils, avant de relever que ces facteurs sont observables dans deux domaines : l’application des normes du droit international et le rôle que joue l’ONU dans la promotion de la paix. Le retrait des États-Unis de plusieurs traités, la suspension de la participation des États-Unis au financement de certaines organisations internationales (OMS en l’occurrence), le recours  à la force (assassinat du général iranien Qassem Soleimani), la mise en l’écart des considérations éthiques et morales, la renonciation aux principes et idéaux onusiens sont autant d’éléments présentés par les auteurs pour montrer comment  les normes et les droits de la personne ont subis les contre coups de la politique de Donald Trump, conduisant ainsi à une crise de confiance généralisée dans le multilatéralisme.

Au final, cet essai a le mérite d’être clair  et  de mettre en relief l’importance des liens qui pourraient exister entre les éléments structurels des relations internationales et certaines politiques étrangères particulières. La clarté du propos et les nombreux exemples choisis par les auteurs permettent de comprendre une part de la complexité qui entoure les relations internationales. Les deux auteurs, certainement influencés par leurs intérêts et divers travaux sur les États-Unis, dressent, derrière les rideaux, un bilan original pour les États-Unis et le monde, d’une politique étrangère atypique. Cet essai semble donc être un incontournable pour la compréhension des trajectoires actuelles des relations internationales. Cependant, l’essai semble attribué aux États-Unis, à travers la politique étrangère de Donald Trump, un rôle déterminant sur l’ensemble de l’architecture du système internationale. Tout se passe en effet comme si en l’absence d’une politique engagée et soutenue des États-Unis le monde serait caractérisé par une instabilité généralisé. Il s’agit là d’un point de vue discutable, qui ne prend pas en compte la capacité des autres acteurs à proposer des alternatives, à riposter, à revendiquer à travers différentes formes de diplomatie des statuts particuliers et même à défier le supposé hégémon en retrait qui se dessine dans l’essai. Par ailleurs, certains travaux, à l’instar de ceux de Bertrand Badie, ont déjà eu mis à mettre à  l’évidence que le gladiateur hobbesien,  n’est pas ou qu’il n’a jamais été réellement le seul maître à bord. La concurrence a toujours été présente, empêchant l’imposition par un quelconque acteur d’un ordre du jour des relations internationales. En outre, il ne faudrait pas perdre de vue que le processus de « démultilatérialisation » accélérée par la politique étrangère  de Trump était un phénomène localisé et non global, puisqu’on pouvait observer au même moment, en Afrique, un processus inverse et inédit. On pense bien évidemment ici à la zone de libre échange économique. Nul doute que ces aspects n’ont pas échappé aux auteurs dont les travaux contiennent toujours une originalité appréciable et enviable. 

Tanger, 09 avril 2021.

 

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L’indemnisation des victimes du terrorisme en Afrique : entre timide consécration formelle régionale et persistance des pratiques alternatives nationales

8 Avril 2021, 09:15am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

Chers lecteurs, nous vous proposons ci-dessous l’introduction de notre article publié dans le vol 10 n°1 dec. 2020, de la revue africaine sur le terrorisme.Il peut être mis à votre disposition sur simple demande! Bonne lecture.

L’indemnisation des victimes du terrorisme en Afrique : entre timide consécration formelle régionale et persistance des pratiques alternatives nationales

 Résumé : Les victimes du terrorisme, et, plus singulièrement, les questions de leur devenir et de leur accompagnement ne font pas l’objet d’une attention récurrente dans les études et analyses sur le terrorisme. Or, plusieurs principes à l’instar du principe d’indemnisation de ces derniers sont désormais consacrés à l’échelle internationale. La présente réflexion entend résorber cet écart en procédant, à gros trait, à une analyse de la consécration du principe d’indemnisation des victimes du terrorisme au niveau régional (Afrique) et aux alternatives mises en œuvre dans les échelons nationaux. La conclusion fondamentale de cette analyse est la nécessité de l’inscription du principe d’indemnisation des victimes du terrorisme dans les législations nationales, conformément aux dispositions pertinentes des cadres conventionnels régionaux.

Mots clés : Etats ; indemnisation ; Victimes ; Terrorisme ; Union Africaine.

Introduction

 Dans les réflexions sur les formes de violence, le terrorisme se démarque et se conçoit, toujours comme une violence hétérogène atypique (Deffarges, 2003), particulièrement sérieuse, voire « totale » (Sommier,2002). On reconnait à cette dernière la capacité de pouvoir mettre en péril les collectivités organisées (Gozzi et Laborde, 2005). Le caractère singulier de cette violence qui se décline sous diverses formes parcourt largement le vocabulaire des nombreuses acceptions proposées par les auteurs et les cadres stricts (nationaux et régionaux) pour l’appréhender : ici et là, on souligne son caractère exceptionnel (Gozzi et Laborde, 2005) ; on dévoile quelques-uns de ses vecteurs animés par des intentions clairement criminelles, créatrices de préjudices et dommages multiformes. Le terrorisme est alors globalement perçu comme une violence politique rationnelle, coercitive, calculée, démonstrative et directe ayant des cibles et des buts précis (Schmid, 2011,86).

Bien évidemment, il s’agit là d’un tableau significatif et important de cette violence hétérogène qui, s’il ne met pas fin aux interminables joutes académiques sur une conception unique du terrorisme, a le mérite de mettre en lumière les invariants identifiables lors de la manifestation des facettes récurrentes de cette violence. Il met notamment en lumière le lien consubstantiel qui existe entre les vecteurs du terrorisme, l’acte terroriste, les objets et/ou les cibles de cette violence, puisque l’existence même et les trajectoires potentielles des acteurs et des actes terroristes sont conditionnées par leurs objets et leurs cibles. Sans pouvoir d’une violence exceptionnelle sérieuse, entrainant préjudices multiformes, et donc des victimes, il n’existerait pas, à priori, de terrorisme ! Par voie de conséquence, une focalisation de la réflexion sur les victimes du terrorisme ne saurait être quelque chose de surprenant.

Les victimes des actes terroristes qu’on considèrera, dans le cadre de la présente analyse, comme tout individu ayant subi des préjudices ou dommages du fait d’actes qualifiés de terroristes par les cadres stricts continentaux ou nationaux, font, de toute évidence, l’objet d’attention dans les études sur le terrorisme (Gozzi et Laborde, 2005). Lorsque vient le moment de mettre en lumière la gravité de tel ou tel acte terroriste ou de relayer les informations à l’opinion publique sur le terrorisme, les victimes de cette violence hétérogène apparaissent spontanément, au grand jour, sous forme de chiffres ou d’individus « déshumaniser » 1 , dépossédés donc de leurs dignités. Mais, contrairement aux auteurs, aux causes, aux motivations et réponses politiques aux actes qualifiés de terroristes qui occupent de manière autonome, et ce, sur le temps long, une part prééminente dans ces études (Lum, Kennedy et Sherley, 2006 : 8), les victimes du terrorisme et, plus particulièrement, les questions de leur devenir et de leur accompagnement, ne font pas l’objet d’une attention similaire et d’un traitement particulier. Ainsi, la question de l’accompagnement des victimes du terrorisme en Afrique constituerait l’angle mort des études et analyses sur le terrorisme. Pourtant, à l’heure où le continent, de l’est à l’ouest, du nord au sud, connait des vagues d’actes terroristes et leurs lots de victimes, il semblerait tout à fait cohérent et important de s’intéresser aux modalités de leur accompagnement. C’est tout l’intérêt de la présente analyse dont le focal repose sur le principe d’indemnisation désormais reconnue par les Nations Unies et d’autres organisations internationales, à l’instar de l’Union Européenne et l’union africaine, comme un des besoins des victimes des actes terroristes. Une telle entreprise théorique peut valablement reposer sur une approche analytique se nourrissant de matériaux issus d’un processus de triangulation permettant de constater que cette pratique d’accompagnement des victimes de terrorisme, dont les modalités seront déclinées tout au long de cette étude, a connu, sous l’influence des organisations internationales extracontinentales, une consécration délicate dans les cadres conventionnels régionaux. Ce qui place le niveau régional en avance par rapport aux échelons nationaux où on observe une absence de consécration formelle et directe de ce principe. La primauté et toute l’attention semblent toujours être accordées à des pratiques alternatives n’offrant pas de réels droits et garanties d’accompagnement aux victimes du terrorisme.[...] 

Dr. Sali Bouba Oumarou.

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