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LA DOUBLE PEINE DES PERSONNES EPILEPTIQUES : SOUFFRIR DE LA MALADIE ET DE LA MARGINALISATION SOCIALE

19 Décembre 2023, 14:25pm

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

Maladie neurologique, l’épilepsie est au cœur d'une étude menée à Tanger. Les résultats dévoilent l’ampleur de la stigmatisation sociale dont sont victimes les personnes atteintes de cette affection.

Il ne fait pas bon d’être épileptique dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. En effet, une étude récente, menée par une équipe de chercheurs de l’université Ibn Tofail dans la ville de Tanger, montre que cette maladie est largement méconnue du grand public. Résultat : un sentiment de peur et une multitude de comportements antisociaux sont monnaie courante envers les personnes atteintes de cette maladie neurologique pourtant non transmissible.

Pour parvenir à leurs conclusions publiées dans la revue Antrhopo, une revue révisée par les pairs, les chercheurs se sont rendus au service de neurologie du centre hospitalier préfectoral Al Kortobi. Ils y ont mené une enquête en utilisant un questionnaire standardisée,  ciblant 180 personnes, recrutées parmi les patients épileptiques et les membres de leurs familles.

L’équipe de chercheurs visait ainsi à déterminer « les connaissances, les attitudes et les croyances du public vis-à-vis de l’épilepsie dans la région de Tanger », explique Abdelhalem Mesfioui, co-auteur de l’étude, et professeur à la faculté des sciences de l’université Ibn Tofail (Kenitra).

La connaissance d’une maladie est indispensable pour le personnel soignant, c’est une évidence. Mais cela doit être aussi le cas pour les populations qui doivent développer de bons gestes et reflexes, commente le Dr. Mariam C., neurologue, basé à Tanger, pour souligner la pertinence des objectifs de cette recherche. « Une maladie méconnue du public, même s’il ne s’agit pas d’une affection rare, engendre souvent des fausses croyances préjudiciables à la société », renchérit l’experte, dont les propos font écho à ceux du professeur Najib Kissani, président de la ligue marocaine contre l’epilepsie qui reconnait sur le site de son organisation « qu’à cause des préjugés sur cette maladie [epilepsie] », plusieurs personnes « font l’objet d’exclusion et de marginalisation ».

 UN MANQUE D’INFORMATIONS REMPLACÉ PAR DES INTERPRETATIONS ERRONÉES

Ces commentaires sur les liens entre mauvaises interprétations et méconnaissance de la maladie sont prouvés par l’étude. En effet, selon les chercheurs, l’épilepsie qui se traduit par des crises dont les symptômes varient selon la gravité de la surexcitation soudaine et incontrôlée de vastes groupes de cellules nerveuses, est encore sujette à des interprétations erronées, entretenues par le peu d’informations du grand public sur cette affection.

Bien que 90 personnes sur les 180 interrogées par l’équipe de chercheurs ont reconnu avoir déjà assisté à des convulsions, signes visibles de la maladie, pouvant aller de quelques secondes de perte de conscience à des crises plus violentes ; 66,1% des personnes interrogées ont affirmé n’avoir jamais « lu » ou « entendu parler » de cette maladie, dont serait pourtant victime 50 millions de personnes dans le monde, selon l’organisation mondiale de la santé.

La nature ayant horreur du vide, l’absence d’informations sur l’épilepsie au sein de la population tangéroise fait le lit de la prolifération d’une multitude de causes caricaturales de cette maladie, ainsi qu’une confusion entre les causes réelles de la maladie et les facteurs déclenchants les crises. 

Les résultats de l’étude montrent à cet effet que 40% des participants à l'enquête, soit 72 personnes, estiment que l'épilepsie est une forme de déficience mentale ; 15, 6% attribuent quant à eux cette maladie à des causes surnaturelles, notamment à des djinns ou à l’ensorcellement, tandis d’autres y voient les conséquences du stress (0,6%) et de la consommation de l’alcool et des drogues (15,6%).

« On peut retenir parmi les théories explicatives de l’épilepsie que la croyance en une cause surnaturelle (djinns, mauvais œil, ensorcellement, épreuve divine) est plus importante que le dysfonctionnement du cerveau (6,1%). Cela révèle, à notre avis, la confusion qui règne dans la population à propos des manifestations névrotiques, psychiques et les crises épileptiques organiques », précisent l’équipe de chercheurs dans leur étude.

Ces représentations erronées sur la maladie pourraient être encore s’élargir, si l’échantillon des enquêtés était plus conséquente, commente le Dr. B. Abdel de l’université Abdelmalek Essadi. « Nous n’avons là qu’une partie de l’icerberg », poursuit-il.

UNE MARGINALISATION TOUS AZIMUTS DES PERSONNES EPILEPTIQUES

Outre les diverses fausses croyances proliférant autour de l’épilepsie au sein de la population tangéroise, les résultats de l’étude montrent également que les personnes atteintes de cette affection sont plus susceptibles de faire l’objet de rejet et de margilisation sociale affectant fortement leurs vies affective et professionnelle.

L’équipe de chercheurs a ainsi relevé que 69,4% des enquêtés ne permettent pas à leurs enfants de jouer avec les personnes qui souffrent parfois de convulsions. Pis encore, 78,9 % des participants à l’étude, soit 142 personnes, ne sont pas disposées à autoriser leurs enfants à contracter un mariage avec des personnes épileptiques, et 50% des enquêtés considèrent les épileptiques comme des personnes incapables d’effectuer n’importe quel métier.

« Ces résultats, entre autres, soulignent plus que tout, l’urgence d’une information suffisante des patients sur la réalité de leur affection et d’améliorer la compréhension par l’entourage du patient et le public que l’épilepsie est une maladie neurologique universelle, non transmissible et curable », formule l’équipe de chercheurs. « Il est urgent de proclamer l'épilepsie comme une priorité de santé publique au Maroc, et d’élaborer un programme national », renchérit le Professeur Abdelhalem, membre de l’équipe de recherche.

Invité à commenter les conclusions de cette étude, le Dr. Jamal Temsamani, directeur scientifique, abonde dans le même sens. « Cette maladie neurologique fréquente reste mystérieuse dans notre pays, et il existe encore des préjugés autour de l’epilepsie […] Il y a donc un besoin de sensibiliser le grand public sur cette maladie pour laquelle il existe des traitements simples et accompagner les personnes atteintes ».

 L’ensemble des mesures préconisés par les experts et les recommandations de l’étude vont dans le même sens, ils visent à favoriser la lutte  contre « les préjugés néfastes et les discriminations dans tous les aspects de la vie », notamment en milieu scolaire et professionnel, mais surtout mieux faire connaitre cette maladie ; un objectif qu’essaye d’ores et déjà de concrétiser la ligue marocaine contre l’epilepsie à travers un site internet ( https://epilepsie-maroc.org/ ), dont la mission est de sensibiliser le grand public et d’accompagner les 400.000 personnes atteintes de cette maladie au Maroc.

Sali B.O

 

 

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TERRORISME EN AFRIQUE : LES CIVILS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST PAYENT LE LOURD TRIBU!

17 Juin 2021, 10:52am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

Source:https://unowas.unmissions.org/

Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 juin 2021, le terrorisme a encore frappé durement la ville de Solhan, au Burkina Faso. Le bilan provisoire dressé par les autorités est effroyable : au moins 160 personnes, dont des enfants, ont  trouvé la mort dans des conditions atroces.  L’attaque, qualifiée par la presse comme la  plus meurtrière enregistrée dans ce pays depuis le début des violences en 2015, est venue rappeler que le Burkina Faso, et plus généralement, l’Afrique constitue désormais un terreau fertile pour les terroristes et leurs activités criminelles. L’analyse des statistiques du centre de recherche de l’Union Africaine sur le terrorisme, entre les mois de janvier et d’août 2020, dévoile cette tendance haussière des violences terroristes sur le continent. Ainsi, le nombre d’incidents terroristes enregistrés mensuellement, durant cette période, s’établit à au moins 100, avec un pic important entre les mois de mai et août 2020. Avec 288 incidents terroristes enregistrés, le mois de juillet 2020 a particulièrement été marqué par le sceau du terrorisme

source: Sali BouBa O. compilation données UA/Caert

 

L’Afrique de L’Ouest et L’Afrique Centrale, deux aires de concentrations d’activités terroristes.

L’évolution des incidents terroristes en Afrique montre que la partie Ouest du continent et l’Afrique Centrale sont les deux régions où les divers groupes terroristes, notamment Boko Haram, Al Shabab et Iswap, rivalisent dans l’ingénierie de la criminalité et la terreur. Alors que l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord sont relativement épargnées, des  Etats  tel que  le  Nigeria, le Burkina Faso, le Niger et le Mali, tous situés en Afrique de l'Ouest, ont de leur coté enregistré plus d’un incident terroriste, dont les principales cibles sont d’abord les civils, puis les militaires et les forces de sécurité.

source. Sali Bouba O. Compilation données UA/Caert

 

source. Sali Bouba O.compilation des données UA/Caert

 

Cette focalisation des terroristes sur l’Afrique de l’Ouest  et les cibles civiles confirme quelque part les propos du représentant spécial des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mohamed Ibn Chambas, qui souligna, à l’occasion d’une séance publique du conseil de sécurité, que le nombre des victimes des violences terroristes au Burkina Faso, au Mali et au Niger a été multiplié par 5 depuis 2016, avec près de 4000 morts, dont de nombreux civils,  au cours de la seule année 2019.  

Bien que les moyens utilisés par les groupes terroristes pour créer le chaos et la désolation soient diversifiés, les données du centre de recherche sur le terrorisme de l’Union Africaine montrent que les armes légères et de petits calibres, ainsi que les engins explosifs improvisés sont de loin les outils privilégiés par les entrepreneurs de la terreur. Durant toute la période couverte par les données de l’Union Africaine, les armes légères constituent le principal moyen employé par les terroristes pour  s'affirmer et s'introduire par effraction dans l'agenda sécuritaire des pouvoirs publics.

Ce constat pourrait aisément s’expliquer par le fait que jusqu'à présent, l’Afrique reste une des parties du monde gravement touché par le fléau des armes légères. Le small arm survey, un centre de recherche basé à Genève, relevait dans une étude que plus de 80% des armes légères en Afrique était détenu par des civils. Ainsi, une des pistes pour réduire la capacité de nuisance des terroristes serait donc de mettre davantage l’accent sur la problématique de la circulation illicite  et la réglementation de l’usage des armes légères et de petits calibres.

Tanger le 17 Juin 2021.

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« LA PAIX SOIT AVEC VOUS, Jean 20, 19 ». LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU TCHAD S’AFFIRME DANS LE CHAMP DE LA PAIX ET LA DIPLOMATIE SPIRITUELLE

23 Avril 2021, 11:32am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c)Anthony Ham/Gettyimages

Le 22 avril 2021, à la suite de la mort tragique du président Idriss Deby, la conférence épiscopale du Tchad, par l’entremise de l’archevêque métropolitain de Ndjamena, a rendu public un communiqué dans lequel elle se positionne sur la situation politique fragile actuelle que traverse ce pays d’Afrique centrale. Cette sortie remarquée des hommes inspirés, agissant à titre individuel ou collectif pour la recherche de la paix sur le continent, vient, une fois de plus, confirmer le rôle pacificateur que peuvent jouer les institutions religieuses tant au niveau local que sur le plan international.

Façonnée par le pacifisme au cœur de la fondation de la foi chrétienne, la conférence épiscopale à travers son communiqué, mettant au cœur du changement positif «  une conversion profonde »  des citoyens tchadiens, chacun en ce qui le concerne,  cherche à prolonger un message spirituel censé être porté le collectif des fidèles et les citoyens, en général. Au plus concret, à travers cette démarche, cette institution marque son attachement aux valeurs religieuses fondant son identité  tout en jouant un rôle positif dans le processus de diffusion d’un message de paix, de renonciation à la violence et de réconciliation. La période de trouble actuelle, caractérisée par un conflit qualifié de « fratricide » ayant conduit à la mort du président Idriss Deby, se révèle, en effet,  propice pour la réaffirmation des pratiques de pacification originales, matérielles et immatérielles, portées par des valeurs religieuses.  

 

Dans sa démarche et fidèle à son identité politique et sociale, la conférence épiscopale exploite largement des références religieuses qui apportent une légitimité incontestable, à la fois sociale et spirituelle, à son action. Ainsi, la paix des évangiles que l’on retrouve dans « Jean 20, 19 »  constitue la trame voire le pilier du message pacificateur adressé à l’endroit des citoyens tchadiens et plus particulièrement à ceux ayant recours à la force des armes. Au sens du communiqué, cette paix des cœurs et des esprits est la thérapeutique idéale pour « les angoisses » actuelles, et le fortifiant indispensable pour les « espérances » du peuple tchadien.

Consacrant une forme de diplomatie spirituelle s’adressant d’abord au niveau de l’individu puis à la société, la paix dont il est question, et à laquelle la conférence épiscopale se veut le chantre, transcende les divisions de toutes sortes et favorise, ce que nous appelons  une réconciliation profonde. Forgée autant dans la conscience de l’histoire collective que de la mémoire communautaire positive, cette réconciliation n’est pas défaite ou victoire d’une partie sur une autre, mais bien plutôt « victoire de la paix sur la violence ». Elle n’est pas rapport affirmé de puissance par les armes, mais bien plutôt dialogue sincère et juste. Elle n’est pas en fin de compte, triomphe du mépris, de l’arrogance, de la patrimonialisation des biens communs, et manipulation des institutions; elle est bien plutôt « respect des personnes », « souci du bien commun », respect des institutions  et « justice sociale ».

Confession pour confession, cette démarche appréciable de la conférence épiscopale renforce certainement le caractère indispensable des démarches pacificatrices par le bas condamnant de façon originale le recours à la violence destructrice et reconnaissant par-dessus tout l’importance de la personne humaine dans les sociétés.

Tanger le 23/04/2021, 2H23.

Communiqué intégrale de la conférence épiscopale
Communiqué intégrale de la conférence épiscopale

Communiqué intégrale de la conférence épiscopale

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Policy brief: ANALYSE PRAGMATIQUE DES USAGES CONTEXTUALISES DU SLOGAN POLITIQUE « UN COUP K.O »DANS LES CAMPAGNES ÉLECTORALES EN AFRIQUE DE L’OUEST

20 Avril 2021, 11:24am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c) shutterstock

Chers lecteurs, nous vous proposons ci-dessous l’introduction d'un policy brief inédit sur le slogan politique "UN COUP K.O". Il peut être mis à votre disposition sur simple demande! Bonne lecture

ANALYSE PRAGMATIQUE DES USAGES CONTEXTUALISES DU SLOGAN POLITIQUE « UN COUP K.O »DANS LES CAMPAGNES ÉLECTORALES EN AFRIQUE DE L’OUEST

Résumé

Il n’est pas rare que les entrepreneurs politiques, dans leurs stratégies et méthodes pour la conquête du pouvoir politique, empruntent à d’autres domaines des mots particuliers. La popularisation du slogan « un coup KO », au cours des dernières élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, notamment en Guinée Conakry, en Côte d’Ivoire et au Niger, expose bien ce processus d’exportation et d’introduction d’expression spécifique à d’autres champs, en l’occurrence aux sports de combat, à celui de la compétition électorale. Dans les discours politiques et les articles de presse retraçant l’actualité des campagnes électorales de ces élections présidentielles, ce slogan a acquis une saillance et des usages aux facettes multiples que le présent policy brief tente de démontrer selon un prisme pragmatique.

Introduction

Le slogan politique est bien souvent considéré comme un indicateur de la vitalité de la parole politique dans sa fonction persuasive. Même si ce constat est parfois exagéré et/ou dénié, il est par contre irréfutable, aujourd’hui ,que le slogan politique est un invariant des étapes fondamentales de la vie démocratique des États ; lors des campagnes électorales, il a, au sens de certains travaux, cette capacité d’influencer[1] et de marquer les esprits. Il aurait également ce pouvoir  de rallier, de faire marcher, au sens propre comme au sens figuré[2]

De l’originalité de ces quelques potentielles fonctions assumées par les slogans politiques  lors des échéances électorales, les entrepreneurs politiques et leurs différents états-majors ne lésinent sur aucun moyen pour imaginer ou forger des slogans susceptibles de marquer l’électorat et porter leur message politique « […] d’une manière aussi claire et « raisonnable » que possible »[3].  Ainsi, n’est-il pas rare que, dans ce processus d’ingénierie de communication politique pour la quête ou la conquête de mandat  politique, les entrepreneurs politiques s'inspirent ou se nourrissent très largement d’objets, d’expressions ou actes langagiers particuliers appartenant à d’autres domaines proches ou lointains. La popularisation du slogan « un coup K.O » au cours des dernières élections présidentielles en Afrique de l’Ouest, notamment en Guinée Conakry, puis en Côte d'Ivoire et au Niger, expose bien ce processus d’exportation et d’introduction d’expressions spécifiques à d’autres champs, en l’occurrence aux sports des combats,à celui de la compétition électorale.

Entamée en Guinée Conakry, lors de la campagne pour  l’élection présidentielle[4]du 1 er octobre 2015 où le président sortant, Alpha Condé, était à la recherche d’un nouveau mandat, cette formule concise, épousant les contours de la nature antagonique de l’activité politique, s’est propagé dans les campagnes électorales ivoirienne et nigérienne de 2015 où elle a été reprise, pour l’essentiel, par les responsables des partis au pouvoir à la quête du renouvellement du mandat de leur leader.

États[5]

Début campagne électorale

Candidat du parti au pouvoir

Nombre de candidats en lice

Guinée Conakry

10 septembre 2015

Alpha condé

8

Côte d’Ivoire

09 octobre 2015

Alassane Drame Ouattara

10

Niger

30 janvier 2016

Mahamadou Issoufou

15

Figure 1- tableau synoptique des campagnes électorales et des acteurs étudiés- source : auteur

Dans plusieurs communications officielles, orales et écrites, dont les fréquences furent amplifiées la plupart du temps par les mass médias, les locuteurs des partis politiques au pouvoir, engagés dans les différentes campagnes présidentielles, ont usé de façon directe ce slogan politique ou des dérivés pouvant s’y rattacher. Ce fut le cas de l’épouse du candidat du RHDP[6],Dominique Ouattara, qui, dans une allocution aux femmes de Côte d’Ivoire, appela en langue locale à faire triompher le fameux « Coup K.O ». « Je compte sur vous pour qu’au soir du 25 octobre 2015, Alassane Ouattara soit élu TAKOKELE, je dis bien TAKOKELE… un coup KO mes chères sœurs »[7]. Ce fut également le cas du candidat du PNDS[8] au Niger, le président sortant, Mahamadou Issoufou, qui fit, lors d’une sortie de campagne, le  31 janvier 2016, la promesse de passer dès le premier tour. « Nous allons passer dès le premier tour »[9].

Dans les campagnes électorales à l’étude, les prises de paroles politiques similaires ont été récurrentes. Elles indiquent donc que le slogan politique « un coup K.O » a occupé un pan de l’espace discursif politique. Si, cette réalité apporte du crédit supplémentaire au constat selon lequel la politique demeure une entreprise de communication où prolifèrent les sens figurés[10], il reste que le slogan à l’étude est potentiellement riche d’enseignement en ce sens qu’il peut être le révélateur d’initiatives et d’objectif politiques complexes. Nul ne pourrait en effet remettre en cause le fait que ce slogan, à l’instar de tout autre slogan, appréhendé par Reboul Olivier, et considéré également dans cette réflexion, comme une« formule concise et frappante, facilement repérable […]»[11],a acquis dans différents discours et supports médiatiques une saillance et des usages aux facettes multiples, que nous nous proposons de faire état à travers un prisme pragmatique.

La conduite d’une étude pragmatique des usages contextualisés du slogan politique un « coup K.O » dans les campagnes électorales de 2015 et 2016 en Guinée Conakry, Côte d’Ivoire et Niger est susceptible de s’appuyer sur un corpus éclaté, dont l’essentiel gravite autour des discours politiques proprement dits et des articles de presse ayant retracé l’actualité de ce slogan politique. Ce trait distinctif de notre corpus, composé de 9 (neuf)articles de presse, et 4 (quatre) discours, sélectionnés en fonction des critères d’accessibilité et de disponibilité, s’explique par le fait que l’objectif de cette réflexion n’est pas de cerner les spécificités de tels ou tels supports de communications politiques ou partis politiques, mais de déceler les usages contextualisés récurrents du slogan politique« Un coup K.O ». Un tel examen peut valablement s’appuyer sur une approche pragmatique dont l’un des mérites, au sens de Marlène Coulomb-Gully[12],est de relier un texte à son contexte, c'est-à-dire d’intégrer dans l’analyse la relation existante entre  un énoncé et son contexte de production. Dès lors, la pragmatique pourrait permettre, en saisissant le contexte social et linguistique, de dépasser l’écueil d’une simple lecture linguistique du slogan « un coup K.O ». Au demeurant, la pragmatique permet d’intégrer dans l’analyse les conditions de circulation et de réception de ce slogan qui ne sont pas de simples circonstances annexes aux discours dans lesquels ce slogan s’insère, mais structure les sens à donner à ce dernier. Ne cherchant pas une exhaustivité difficile à atteindre, le corpus formé en majorité d’articles de presse dans lesquels on retrouve le mot clé « un coup K.O », reproduisant l’actualité du slogan à l’étude tout au long des différentes campagnes présidentielles étudiées, offre des éléments probants pour analyser les usages du slogan politique « un coup K.O »  sous deux aspects essentiels : au niveau de la recherche d’une légitimité supplémentaire et au niveau de l’opposition à l’adversaire politique. [...]

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Recension: "COMMENT DONALD TRUM A-T-IL CHANGE LE MONDE ? LE RECUL DES RELATIONS INTERNATIONALES.

9 Avril 2021, 09:31am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

(c)franceculture

Dans leur essai intitulé Comment Donald Trump a-t-il changé le monde ? Le recul des relations internationales,  Charles-Philippe David, professeur titulaire de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, et  Élisabeth Vallet, professeure agrégée en études internationales au Collège militaire Royal de Saint-Jean et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), se questionnent sur le recul actuel des relations internationales dans presque « tous les domaines ». Ils essayent plus précisément, dans cet essai de 98 pages, publié aux éditions du CNRS, de poser un regard critique sur l’accélération du recul des relations internationales, entériné par l’election de Donald Trump et le contexte pandémique actuel. Ainsi, défendent-ils la thèse selon laquelle « la politique étrangère de Donald Trump accélère une tendance (reflux des relations internationales) déjà amorcée et qui, dans le contexte actuel, pourrait s’avérer irréversible ».

Á cheval entre un procès de la politique étrangère de Donald Trump et ses conséquences sur la trajectoire des relations internationales post guerre froide, le livre écrit dans un style accessible au grand nombre, offre, globalement, une vision réaliste de la tendance au recul des relations internationales en marquant un arrêt sur quatre grands axes : diplomatique, sécuritaire, démocratique et normatif. Dans ces quatre secteurs, formant l’ossature de l’essai, les auteurs observent des reflux significatifs et les attribuent pour une large part aux  orientations et aux décisions de l’administration Trump en politique étrangère. Avant d’aborder au concret ces « reculs », ils prennent le soin d’apporter des éléments de compréhension, essentiellement réalistes,  sur la manière avec lesquels le monde change et le potentiel contenu de la notion de recul en relations internationales. Ainsi, reprennent-ils à leur compte la thèse de Giplin postulant que « la transition entre deux mondes s’effectue généralement dans la violence et la guerre, et à l’issue d’une ère d’instabilité où des reculs importants sont observables dans les rapports internationaux ». Ces périodes de transition chaotiques sont généralement marquées par le retour ou la prédominance de stratégies de repli sur soi (nationalisme, protectionnisme, etc) qui entretiennent tensions et crises diverses. Dès lors, seuls la chance et/ou un leadership engagé seraient en mesure d’empêcher les escalades.

Une fois le lien entre changement du monde et tendance au recul des relations internationales établi, les auteurs présentent ce qui à leurs yeux apparaît comme les reculs significatifs des relations internationales exacerbés ou entretenus par la politique étrangère de Donald Trump et le contexte pandémique actuel. Quels sont au concret ces reculs recensés dans l’essai :

1°Au niveau diplomatique, ils relèvent avec insistance que la  présidence de Donald Trump a « d’abord et avant tout transformé le rôle qu’ont joué les États-Unis depuis soixante-quinze ans dans la construction du système international ». À rebours des autres administrations américaines, il est soutenu que la politique étrangère « trumpienne » s’est abstenue de rechercher une hégémonie sur l’ordre international et a considérablement réduit son implication dans l’ordre mondial. Autrement, le supposé leader des relations internationales s’est illustré par une attitude de désengagement.

Ce repli sur soi, qui, disons-le, n’est pas synonyme  d’isolationnisme au sens strict, mais ressemble plus à la concentration des efforts sur les intérêts nationaux, porté au firmament rhétorique par le  slogan-action « l’Amérique d’abord, » a eu au moins deux conséquences majeures : la fragilisation des assises du système international, des alliances et institutions multilatérales et normes démocratiques autrefois défendus par Washington, d’une part ; d’autre part, elle a favorisé des guerres commerciales au nom du protectionnisme, la prolifération des sanctions contre les États proches ou lointains, le retrait de traités importants qui visent à instaurer la stabilité, et la remise en question d’alliances comme l’OTAN, qui sont vitales, selon les auteurs, pour l’ordre international.

2-Au niveau sécuritaire, les auteurs de l’essai relèvent que le retour marqué des États-Unis dans leur carapace sous l’impulsion de Donald Trump n’a pas entamé l’importance accordée par  Washington à sa puissance militaire. Tout au contraire, ce repli aurait renforcé le besoin de consolidation du sentiment de sécurité (autonome) des États-Unis. Ils notent ainsi que les quatre années de la présidence de Trump ont été fortement marquées par l’accroissement des budgets militaires, et le renforcement considérable de la sécurité du pays contre diverses menaces réelles ou imaginaires, à l’instar de la supposée menace représentée par les flux migratoires. Au concret les auteurs constatent que sous Donald Trump la recherche et le développement à vocation militaire ont été dirigés principalement dans deux directions. Une direction prospective cherchant à faire face aux guerres futures et une direction méliorative (diagnostic) cherchant à  résorber les vulnérabilités structurelles actuelles de leurs moyens de défense. Cette attitude belliqueuse douce qui, au sens des deux auteurs, s’inscrirait à contre-courant d’une période supposé avoir été marquée par le contrôle des armes, a accentué les rivalités et criminalisé davantage les autres acteurs proches ou lointains des relations internationales. Ici, la responsabilité de la recrudescence contemporaine de la course aux armes est largement attribuée aux Etats-Unis  qui se sont, par exemple, construit un porte-avion (Uss ford) dont le coût (13 milliards de dollars) représente l’équivalent du budget défense de la Pologne ou du Pakistan. C’est donc en toute logique qu’un climat de méfiance et de suspicion prend davantage le pas sur celui de la coopération, du multilatéralisme ; que la chine et la Russie emboîtent le pas aux Etats-Unis…dans la course aux armes.

3-Au niveau démocratique, les auteurs se rangent du côté des spécialistes arguant que notre époque est fortement caractérisée par une « récession » démocratique » dont les causes sont à recherchées dans « la recrudescence du populisme », l’attrait de l’autoritarisme, encouragé par la pandémie,  et à l’élection de Donald Trump. Sur ce dernier point, le désengagement des Etats-Unis en matière de promotion des valeurs démocratiques contribue fortement, au sens des auteurs, à alimenter les reculs démocratiques observables aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde. Cependant, reconnaissent les auteurs, le "trumpisme" n’a pas amorcé cette érosion démocratique, mais il n’est que venu l’accélérer substantiellement. Car «  les mots et les gestes de Donald Trump ne vont pas dans le sens de la promotion de la démocratie, pas plus à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis, contribuant ainsi à alimenter les reculs démocratiques. »

4-Au niveau normatif, ils notent que c’est le secteur qui enregistre le « plus grand recul des relations internationales », car les reculs ici affectent considérablement les normes et les droits de la personne ; autrement des fondements incontournables des relations internationales. « La décennie 2020 semble faire poindre à l’horizon le retour de facteurs préoccupants pour la stabilité et la sécurité du monde » avancent-ils, avant de relever que ces facteurs sont observables dans deux domaines : l’application des normes du droit international et le rôle que joue l’ONU dans la promotion de la paix. Le retrait des États-Unis de plusieurs traités, la suspension de la participation des États-Unis au financement de certaines organisations internationales (OMS en l’occurrence), le recours  à la force (assassinat du général iranien Qassem Soleimani), la mise en l’écart des considérations éthiques et morales, la renonciation aux principes et idéaux onusiens sont autant d’éléments présentés par les auteurs pour montrer comment  les normes et les droits de la personne ont subis les contre coups de la politique de Donald Trump, conduisant ainsi à une crise de confiance généralisée dans le multilatéralisme.

Au final, cet essai a le mérite d’être clair  et  de mettre en relief l’importance des liens qui pourraient exister entre les éléments structurels des relations internationales et certaines politiques étrangères particulières. La clarté du propos et les nombreux exemples choisis par les auteurs permettent de comprendre une part de la complexité qui entoure les relations internationales. Les deux auteurs, certainement influencés par leurs intérêts et divers travaux sur les États-Unis, dressent, derrière les rideaux, un bilan original pour les États-Unis et le monde, d’une politique étrangère atypique. Cet essai semble donc être un incontournable pour la compréhension des trajectoires actuelles des relations internationales. Cependant, l’essai semble attribué aux États-Unis, à travers la politique étrangère de Donald Trump, un rôle déterminant sur l’ensemble de l’architecture du système internationale. Tout se passe en effet comme si en l’absence d’une politique engagée et soutenue des États-Unis le monde serait caractérisé par une instabilité généralisé. Il s’agit là d’un point de vue discutable, qui ne prend pas en compte la capacité des autres acteurs à proposer des alternatives, à riposter, à revendiquer à travers différentes formes de diplomatie des statuts particuliers et même à défier le supposé hégémon en retrait qui se dessine dans l’essai. Par ailleurs, certains travaux, à l’instar de ceux de Bertrand Badie, ont déjà eu mis à mettre à  l’évidence que le gladiateur hobbesien,  n’est pas ou qu’il n’a jamais été réellement le seul maître à bord. La concurrence a toujours été présente, empêchant l’imposition par un quelconque acteur d’un ordre du jour des relations internationales. En outre, il ne faudrait pas perdre de vue que le processus de « démultilatérialisation » accélérée par la politique étrangère  de Trump était un phénomène localisé et non global, puisqu’on pouvait observer au même moment, en Afrique, un processus inverse et inédit. On pense bien évidemment ici à la zone de libre échange économique. Nul doute que ces aspects n’ont pas échappé aux auteurs dont les travaux contiennent toujours une originalité appréciable et enviable. 

Tanger, 09 avril 2021.

 

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La puissance destructrice négligée des « pick up » !

16 Mars 2021, 14:58pm

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

Il est d’une évidence que l’infrastructure des conflits rythme  l’intensité et la durée des  affrontements violents à travers le monde. Chaque nouveau conflit engendre, avec plus ou moins d’ampleur, des innovations de l’industrie de l’armement[1]. Jamais les formes et les moyens de faire la guerre n’ont été si divers, allant de la fameuse AK-47 aux drones armés en passant bien sûr par les armes nucléaires. Les dynamiques des conflits violents, puisqu’il s’agit de  cette forme particulière de violence,  se métamorphosent donc au rythme de l’inventivité et la créativité des hommes. Néanmoins, au milieu de cette démesure au service de la violence, certaines constantes demeurent.

Quiconque s’intéresse aux conflits à travers la planète a déjà probablement  remarqué cette image récurrente : celle des pick-up meublant les divers théâtres d’opérations. Des faubourgs de Tripoli, aux quatre coins de la Centrafrique, en passant par les montagnes pakistanaises et les plaines syriennes, les pick-up accompagnent intimement la violence des combattants.  Les groupes armés non étatiques et des régiments des armées nationales paradent et combattent sur ces véhicules légers dont la construction débuta en 1968 au Japon.

À l’apogée de la confrontation entre le groupe dit État islamique et les forces de la coalition internationale, la Russie estima à près de dix milles le nombre de pick-up formant le parc du matériel roulant de guerre de l’État islamique. L’omniprésence de cet engin roulant léger, à usage civil à la base, dans les conflits violents fait dire qu’il serait le propre des guerres insurgées, surpassant même les véhicules de guerre tel que le humvee. Le sous-secrétaire d’État à la défense américaine, Andrew Exum, avance  à ce propos qu’ : « Il est l'équivalent en version véhicules de l'AK-47. Il est omniprésent dans toutes les guerres insurgées. Et en fait, récemment, dans toutes les guerres luttant contre les insurrections de manière. Il surpasse de très loin le Humvee [véhicule militaire américain] »[2].

Historiquement, la popularité des pick-up dans les confits est née à la suite du conflit opposant le Tchad et la Lybie, au sujet du contrôle de la bande d’Aozou, en 1987. Forte d’une armée matériellement mieux équipée, comprenant aussi bien des tanks que des appareils volants de combat[3], les troupes libyennes de Mouammar Kadhafi ont été défaites par les forces armées nationales du Tchad dont la particularité était la forte mobilité effectuée sur des Toyota. Certes, la défaite des troupes libyennes n’est pas à mettre sur les seules épaules des soldats tchadiens et des Toyota. Elle est davantage le résultat de la conjonction des efforts de plusieurs acteurs, dont les puissances étrangères qui apportèrent une aide déterminante en termes de renseignement et d’appui logistique. Toutefois, sur le théâtre des opérations, l’image frappante et remarquable à la fois pour les observateurs de l’époque fut la ruée des « abeilles de Toyota » sur les colonnes de chars du guide libyen. Cette image a  d’ailleurs fini par populariser cet affrontement sous le nom de « guerre de Toyota ».  

Depuis ce précédent, les pick-up ou d’autres véhicules légers similaires sont visibles sur la quasi-totalité des conflits interétatiques, intraetatiques ou intermestiques. Plusieurs raisons non exhaustives pourraient expliquer l’attrait particulier de cette arme par destination et transformation dans les conflits à travers le monde. Comparés aux autres moyens de mobilité en période de conflit, les pick-up s'avèrent relativement accessibles pour les groupes armés non étatiques et les armées nationales. Le coût d’un pick-up armé ou non est toujours moindre par rapport au coût d’un char ou d’un humvee. En outre, le statut du pick-up, véhicule léger à usage civil, ne fait pas l’objet de restrictions de ventes ou de contrôles comme des véhicules à usage militaires. Certes, les constructeurs et les États sont de plus en plus conscients du potentiel destructeur des Pick-up et tentent de réguler son  marché, mais, ces véhicules restent plus accessibles et représentent, pour les acteurs non étatiques et étatiques, des alternatives alléchantes aux restrictions de ventes d’armes[4].

À ces avantages en termes d’accessibilités, s’ajoutent les nombreuses possibilités stratégiques offertes par ces engins roulants. Le pick-up offre, en effet, une capacité de mobilité extraordinaire des combattants sur divers terrains ; sa robustesse et sa forme en général favorise non seulement son évolution sur des terrains accidentés, mais également son utilisation comme véhicule de transport de troupes. Il est estimé qu’un pick-up pourrait transporter au moins douze combattants. Dans la guerre contre l’EI, les forces internationales eurent bien des fois du mal à faire face à la mobilité des nombreuses troupes armées roulant essentiellement sur des pick-up. Par ailleurs, la malléabilité et la robustesse de ces véhicules offrent de nombreuses possibilités d’adaptations et d’équipements. Plusieurs types d'armes peuvent être montés à l'arrière des pick-up, à l’instar des mitrailleuses lourdes et des canons antiaériens ; ce qui n’est pas toujours le cas avec des véhicules classiques de guerre aux options de transformation limitées. Ces véhicules offrent donc une capacité terrestre assez autonome « de destruction par tir direct […] et indirect »[5]. En somme, le pick-up favorise aux groupes armés la pérennisation des capacités de nuisance assez importantes. Il conviendrait donc, dans les stratégies visant à réduire  les capacités de nuisance des groupes terroristes ou autres insurgées, de  ne pas négliger la puissance destructrice des pick-up.

 

 

 

[1]La seconde guerre mondiale notamment a été le théâtre d’une série d’avancées scientifiques, notamment avec la conception de nouveaux chars  et autres véhicules spécialisés.

[3]Abbas Kayangar, HassanDjamous: Le héros immortel de la guerre Tchad-Libye, Editions Publibook, 7 sept. 2016,p.30

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La diplomatie silencieuse des symboles de Madeleine Albright

8 Mars 2021, 12:22pm

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

La diplomatie silencieuse des symboles de Madeleine Albright

(c) https://www.wellesley.edu/

Durant les négociations avec la Russie sur le traité antimissile balistique, Madeleine Albright, à  l’époque secrétaire d’État à la maison blanche, arborait sur la poitrine une broche en forme de flèche. Connaissant, la particularité de la communication diplomatique silencieuse de la secrétaire d’État américaine, le ministre russe des affaires étranges n’hésita pas à demander si la broche représentait un intercepteur de missile. La réponse teintée d’humour de la secrétaire d’État fut la suivante « Yes, we make them very small, let’s negotiate ».

Cette anecdote banale pour des processus de négociation sur l’arène internationale n’avait pas moins un sens lourd et profond. Il venait rappeler, d’une certaine façon, que la diplomatie aujourd’hui n’est pas uniquement une affaire d’actes, de paroles ou d’actions. Elle incorpore, qu’on le veuille ou non, une dimension symbolique souvent négligée, mais dont l’importance peut parfois égaler ou aller de pair avec les dimensions visibles. Madeleine Albright, première femme secrétaire d’État dans une arène diplomatique dominée par les hommes et les actes en situation, a su imposer ou faire (re)découvrir la signature de la diplomatie silencieuse ou du symbole à travers sa passion pour les bijoux, et en particulier les broches. Avec cette dernière, jamais l’attention et la prise au sérieux des symboles en diplomatie n’ont été si grandes ; jamais également un diplomate n’aura accordé autant d’importance aux symboles à travers des broches.

(c) sipa press

Le point de départ de l’aventure de Madeleine Albright dans les méandres de la diplomatie des symboles  est assez anecdotique pour ne pas être souligné. Après la guerre du golf, Madeleine Albright, ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, avait la lourde charge de défendre la position assez critique des États-Unis sur les velléités et les ambitions de puissance du régime irakien et de son président de l’époque, Saddam Hussein. La secrétaire d’État n’y alla pas de main morte et, comme on pouvait s’y attendre, l’écho de la ligne dure de Washington se propagea jusqu’aux confins de l’Irak. La presse irakienne, dans un élan de fierté nationale, ne tarda pas à y apporter une réponse en comparant dans un poème Madeleine Albright à un serpent inégale ou sans rivaux.  Après cette saillie médiatique, la représentante permanente des Etats-Unis auprès des Nations Unies eu l’idée d’arborer une broche en forme de serpent dans l’enceinte des Nations Unies où les discussions se poursuivaient sur la question de l’Irak. Interpellé par un journaliste sur le sens a donné à cette broche, Madeleine Albright ne passa pas par quatre chemins pour affirmer que la broche en forme de serpent apposé sur sa poitrine était une référence à la comparaison faite par la presse irakienne. Elle signifiait autrement que la broche qu’elle arborait avait un objectif : passer un message.

Pour celle qui deviendra secrétaire d’État quelques années plus tard, cette première connexion entre la broche en forme de serpent et la réponse des médias irakiens fut le point de départ de la construction d’une stratégie de communication diplomatique basée pour une part non négligeable sur des symboles. Elle en fera carrément une signature particulière et singulière, puisque jusqu’ici aucun autre exemple égalable ne peut être évoqué. La diplomatie du symbole pour Madeleine Albright devint une façon assez subtile de s’adresser aux autres diplomates, de donner à l’avance des signaux sur ses positions ou celles de l’administration Clinton, bref de marquer une intention.

Pendant toute la durée de son séjour au côté du président américain, les symboles ont été les formes les plus subtiles et intrigantes à la fois de la  communication diplomatique de la secrétaire d’État. Toutes les situations, toutes les occasions, heureuses ou malheureuses, tristes ou dramatiques étaient une occasion pour la secrétaire d’État de mettre à l’épreuve sa communication diplomatie particulière. On se souvient à cet égard qu’après les massacres commis en Tchétchénie, la broche correspondante à la situation fut celle représentant les trois singes…

 

 

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Point de vue: gagnerons-nous la"guerre" contre la covid 19?

25 Février 2021, 08:38am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

POINT DE VUE

(c) elegantwalpper

Gagnerons-nous la « guerre » contre la covid 19 ? La question, en réalité, ne se pose pas. Dans notre monde où nous sommes capables de créer en laboratoire des agents pathogènes plus dangereux que la menace actuelle, il clair que nous sommes également capables, un peu durement peut-être, de trouver la solution pour réduire la capacité de nuisance du Covid 19. L’annonce d’un vaccin par la Russie est bien là pour montrer notre capacité à répondre, dans des délais serrés et quasi inédit, à des menaces que nous sommes susceptibles, par réfutation de toute morale évidemment (certains diront de conscience), de créer artificiellement. Inévitablement, ces deux mouvements : préservation et destruction artificielles de la vie se tempèrent. La véritable interrogation ne peut donc pas être de savoir si nous remporteront la victoire contre la menace invisible qui nous impose, depuis quelques mois son rythme : un rythme de vie inédit dans toute notre histoire récente.Elle est davantage celle de savoir à quel prix remporteront nous la victoire? Aurons-nous, au final, une victoire à la Pyrrhus : victoire fragile, nous exposant corps et âme, corps et esprit, corps et culture, corps et nature, à la merci d’un autre agresseur plus faible et de moindre importance ; victoire fragile exposant nos puissances publiques a des exigences et des face à face voraces, passionnelles, légitimes dans le fond, mais dénués désormais de tout esprit de concessions ? Ou alors, pouvons-nous espérer une victoire nous permettant de rebâtir, sans grandes difficultés, tout ce que nous avons eu à perdre à cause du covid 19 et tout ce que nous avons eu à prévoir, avant la covid 19 ?

Bien que nous aimerions, cela va de soi,  plébisciter la deuxième victoire, conforme aux attentes et espérances de milliers d’individus à travers la planète, les batteries de réponses provisoires dont l’incomplétude les rendent difficilement digérables pour nos vies et nos sociétés, nous dirigent à vitesse soutenue, pour certains, (les moins chanceux) à pas saccadés pour d’autres, (les plus chanceux) vers une victoire à la Pyrrhus, hélas. Nous gagnerons tous la bataille et même la guerre contre la covid 19, cela n’est qu’une évidence : notre amour pour la vie ou notre passion pour les biens matériels sont là pour construire et paver cette route de la victoire. Mais nous-mêmes et nos sociétés pourrions en sortir si faibles qu’il serait difficile pour certains de se tenir sur deux pieds. Il faudra certainement, et ce sera peut être le virage pour un nouveau recommencement, réapprendre à marcher à quatre pattes, apprendre à le faire sur le dos ou sur le ventre. La faute au virus bien sûr, mais pas que, loin s’en faut. Nous porterons, comme un tatouage raté, une part de responsabilité, d’abord parce que nous semblons avoir oublié l’homme dans sa complétude dans cette bataille. Bien sûr, le confinement, l’Etat d’urgence, mesures accessibles dans l’immédiat, étaient destinées et sont toujours par endroit destinées à sauver l’homme, la vie ou plutôt le plus de vie possible. A juste titre, elles furent saluer : car il fallait et il faut (toujours ?) sauver l’homme, le corps en premier, en fait. Mais que vaut réellement une vie, un homme corps sans esprit ? Sans possibilité de se reconnaître et connaitre ?Sans l’ennui, parfois plaisant, de la quiétude ? Certains ne le verront pas, et c’est à tout à leur honneur, et c’est mieux ainsi ; d’autres le verront, par exagération peut être ou par expérimentation aussi : les premières mesures contre la Covid 19, ici et là, ont absurdement négligé la dimension invisible de l’homme : elles ont divisé artificiellement le corps et l’esprit, oubliant qu’ils forment un tout ; un tandem dont l’équilibre doit, dans l’idéal, être toujours parfait. Non pas que c’est toujours le cas, mais le déséquilibre ne doit pas être important. On a enfermé les corps pendant longtemps et continuons encore à le faire, pour les protéger, oubliant que l’esprit ne vit qu’à l’oxygène de la liberté ; oubliant même que la capacité du corps à supporter l’enfermement n’est pas illimité. Tout ceci pour dire que les dégâts psychologiques des mesures réglementaires pourraient être terrifiants, une mauvaise surprise, quand elles se manifesteront, dans le long terme pour le coup, d’une manière ou d’une autre. C’est déjà le cas dans certains contextes. On  ne s’en rendra toujours pas compte, on ne pourra même plus faire le lien avec nos barrières une fois la menace passée, ce qu’on pourra voir, on ne le souhaite pas bien sûr par amour bienveillant, ce seront quelques pertes de vie inexplicables par ici, quelques fous et folles de plus dans les rues par là, quelques montée d’intolérance ici et là, de milliers d’hommes pauvres plus pauvres que jamais,et  les rares psychologues et psychiatres eux aussi devenus instables (dans les sociétés ayant cette culture),  débordées de patients : double instabilité pour eux donc. Une partie de la force nécessaire à la reconstruction, parce qu’il faudra le faire, sera inutile et faible : un peu inutile et fondamentalement faible, psychologiquement et donc physiquement ; faiblesse ultime et totale donc. Enfants, adolescents et jeunes adultes, victimes idéales, plus faibles et paradoxalement espoir sur laquelle repose une reprise vigoureuse, un recommencement, n’en sauront pas épargnés. Les pauvres petits, ils reprendront les classes, certainement en ligne, (heureusement !) sans avoir eu droit à de véritable vacances, sans avoir eu droit à leur habituellement défoulements qui leur permettent de réellement apprécier et d’aimer, d’une manière différente, chaque rentrée. Certains reprendront les classes sans connaitre de nouveaux camarades, sans pouvoir les approcher, les parlers. Ils parleront, si on leur donnent bien sûr l’occasion, à des machines. Et même lorsqu’ils pourront reprendre les classes, Ils le feront certainement l’esprit ailleurs, tout comme de milliers d’adultes. Ils ne seront pas, à proprement parler, différents de nos braves pilotes, qui doivent continuer à voler, à déplacer des hommes corps à la recherche de cet équilibre entre corps et esprit, mais avec quel esprit ? Un esprit ailleurs….partagé entre, d’une part, l’épée  de Damoclès qui pèse sur leur tète, et l’épée qui virus qui rode autour de leurs familles.Tanger le

Tanger le 22 novembre 2020

 

 

 

 

 

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That expensive void!

3 Décembre 2019, 12:23pm

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

 

In an article published by Le monde on monday 13 November, it was possible to read the following information: people in distress because of a resurgence of terrorist attacks in Cameroon’s far north region tosses a bottle into the sea and warn: "If nothing is done, empty houses will serve as shelters for Boko Haram. ».

This umpteenth cry of despair is undoubtedly one of the striking illustrations of the continuous presence of the terrorist threat on the African continent and more particularly in the Sahel region. Alarmist predictions of populations living as closely as possible with this singular threat, these words suggest a long-term presence of terrorist groups, under the dual logic of the occupation of territories almost abandoned by the public authorities, and the projection of terrorist barbarism from the shelters provided by these same territories.

The evolution of Boko Haram’s terrorist attacks shows that the military pressure exerted on this terrorist group has led it, at the tactical level, to enter a phase of total terrorism, consisting in superimposing acts of mass banditry on acts of traditional terrorism and attacking with the same strength and methods, both civilian population and armed forces, with at least the aim of undermining the morale of the latter and making the former disappear both psychologically and physically in the areas where they operate.

This evolution, which is not overwhelming in itself, suggests a desire to perpetuate and accentuate the conditions that have made possible, if not the emergence of this terrorist group, then at least the developments that it has been able to experience so far.

It is customary to say that nature abhors emptiness. In the same vein, it is also possible to say that terrorists have a greater ability to grow and reproduce in empty spaces. In a former address, the representative of the European Union for the Sahel, Angel Losada, declares with accuracy that "In the Sahel, the void of the State is the oxygen of terrorism".

In fact, If terrorism finds a way to develop, regenerate and renew warfare patterns in some parts of the Sahel's territorial strip, it is largely because it can greatly benefit from the emptiness that characterizes these areas shared by several States. Polymorphic, the vacuum in question is not only synonymous with the absence or characterized insufficiency of public power adorned with the gladiator's armour, but it also synonymous of lack of basic public goods, in other words, conditions, sometimes minimal, that can allow a dignified and secure existence in areas where thousands of people live or more precisely survive according to their proper logic, which are not always in phase with the strict frameworks intended to regulate their social relations. However, these almost abandoned territories of the Sahel, let us say as a reminder shot, are not without masters. They are legally part of the full meaning of the sovereignty of several States. Therefore, they are supposed, at least in theory, to benefit from a framework and an organization that materializes the effective sovereignty of States. In practice, these territories are left to their own and therefore to the inventiveness, the survival and adaptive capacity of the people who live there. At worst, nothing happens there, time stops and sometimes resumes during election campaigns. Politicians have to hunt electoral game, one may say! At best, these areas like cameroon’s far north region are considered as open-air prisons where civil servants and other public officials are conveyed to be punished. The very rare presence of the State in these areas is thus always experienced by those who embody it as a nightmare, a crossing of the desert. Like the prophet Moise, public officials operating in these areas are called upon to show resilience in order to hope for a way out , under the eyes of resigned ordinary citizens waiting for their messiah to.

The nightmare of public officials and ordinary citizens is all the more profound because, in addition to the weak presence of the State wearing the gladiator's armour in these regions, there is a weak presence of the State wearing a white coat and chalk. Schools and hospitals, to name only these basic infrastructures are sorely lacking in these areas and where they exist, they look like middle ages infrastructures. Therefore It is not surprising that these regions such as The northern part of Nigeria are generally fortified enclaves of under-schooling, illiteracy, mortality rates reaching levels similar to Soviet political scores, all this under the reign of extreme poverty

Citizens of these peripheral areas, who really exist on maps, are invited to find landmarks, especially educational ones, to fill not only the void left by the State but also the inevitable void of their future. In such environments, where there is a diversity of violence, it is not surprising that all alternatives, even those of extremist ideologies, become attractive, if they are presented as saving.

Terrorist groups operating in the sahel region have clearly understood the importance of such a vacuum for their prosperity. The areas where they operate, succeed in establishing themselves and considering their development in the Sahel band correspond most of the time to these empty spaces where millions are now buried each day to win a war that could have been prevented.

(originally published in french- see the previous article "Ce vide qui coute cher") Tangier, December 3, 2019.

 

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Ce vide qui coûte cher !

25 Novembre 2019, 10:16am

Publié par Dr. Sali Bouba Oumarou

Jose Azel / Getty images

Dans un article du journal Lemonde, daté du 13 novembre 2019[1], il était possible de relever l’information suivante : les populations en désarroi face à la recrudescence des attaques terroristes dans l’extrême nord Cameroun jettent une bouteille à la mer où ils préviennent : « Si rien n’est fait, les maisons vides serviront d’abris à Boko Haram. ». Ce énième cri de détresse compte assurément parmi les illustrations frappantes de la continuelle présence de la menace terroriste sur le continent Africain et plus particulièrement dans la bande sahélienne. Prédictions de populations qui vivent au plus près cette menace singulière, ces fragments de discours suggèrent une inscription dans la longue durée des groupes terroristes, sous la double logique de l’occupation des territoires quasi abandonnés par la puissance publique, et de la projection de la barbarie terroriste à partir des abris fournis par ces mêmes territoires.

L’évolution des attaques terroristes du groupe Boko Haram montrent en effet que la pression militaire exercée sur ce  groupe terroriste l’a fait entré, sur le plan tactique, dans une phase de terrorisme total, consistant à superposer aux actes de terrorisme classique des actes de grand banditisme et à  s’attaquer avec la même force et les mêmes méthodes indifféremment aux populations civiles et aux forces armés, dans le but, au moins, de saper le moral des derniers, et de faire disparaitre psychologique et physiquement des zones où ils opèrent, les premiers.

Cette évolution pas renversante en soi, suggère, à s’y méprendre, un désir de pérenniser et d’accentuer les conditions qui ont rendu possible, si ce n’est l’émergence de ce groupe terroriste, au moins, les développements qu’il a pu connaitre jusqu’ici.

La nature a horreur du vide, a-t-on coutume de dire. Les terroristes ont une facilité à émerger et à croire dans les espaces vides, pourrait-on également avancée, en s’alignant sur la pensée de la représentante de l’union européenne pour le sahel, Angel Losada, qui a pu dire, avec justesse, pour mettre en avant un des facteurs déterminant de la perpétuation des groupes terroristes, qu’« Au Sahel, le vide de l'État, c'est l'oxygène du terrorisme »[2],

Si en effet, sur certaines parties de la bande territoriale constituant ce qu’il convient d’appeler le Sahel, le terrorisme trouve un terreau fertile, le moyen de vivre, de se régénérer et renouveler des schémas guerriers, c’est parce qu’il peut profiter grandement du vide qui caractérise cet espace partagé par plusieurs Etats.Polymorphe, le vide dont il est question n’est pas seulement synonyme d’absence ou d’insuffisance caractérisée de la puissance publique parée de l’armure du gladiateur, mais également de biens publics de base ; en clair, de conditions, parfois minimales, pouvant favoriser une existence digne et sécurisée dans des zones où pourtant de milliers de personnes vivent ou plus précisément survivent selon des logiques propres, qui ne sont pas toujours en phase avec les cadres stricts censés réguler leurs relations et interactions sociales. Pourtant, ces territoires quasi abandonnés du sahel, disons-le comme piqûre de rappel, ne sont pas sans maitre. Juridiquement, ils sont une partie indispensable du sens plein de la souveraineté de plusieurs Etats. Ils sont donc censés, en théorie, bénéficier d’un encadrement et d’une organisation matérialisant la souveraineté effective des Etats sur ces régions. En pratique, ces territoires sont laissés à eux-mêmes et donc à l’inventivité, à la capacité de survie et d’adaptation des personnes qui y vivent. Au pire, rien ne s’y passe, le temps s’y arrête et reprend parfois une vitesse de croisière (de tortue) au moment des campagnes électorales. Il faut bien chasser le gibier électoral, pourrait dire certains ! Aux mieux, pour l’Etat bien sûr, ils sont considérés comme des prisons à ciel ouvert où sont convoyés fonctionnaires et autres agents publics à sanctionner. La rare présence de l’Etat institutionnel dans ces zones est ainsi toujours vécue par ceux qui l’incarnent comme un cauchemar, une traversée du désert. Tel le prophète Moïse, les agents publics officiant dans ces zones sont contraints de faire preuve d’une grande résilience pour espérer s’en sortir, sous le regard des citoyens ordinaires quant à eux résignés, attendant un hypothétique messie.

Le cauchemar des agents publics et des citoyens ordinaires est d’autant plus profond que, à la faible présence de l’Etat paré de l’armure du gladiateur dans ces régions se superposent une faible présence de l’Etat paré d’une blouse blanche et d’instruments de mesure. Les écoles et hôpitaux, pour ne citer que ces infrastructures de base, manquent ainsi cruellement dans ces zones et lorsqu’ils existent, l’état physique et fonctionnel de ces établissements laisse à désirer. Rien d’étonnant donc que ces régions tels le nord du Nigeria, le nord du Mali ou du Niger sont très généralement des enclaves fortifiées de la sous-scolarisation, de l’analphabétisme, des taux de mortalité frôlant les seuils des scores politiques soviétiques, le tout sous fond de pauvreté quasi généralisée.  

Les citoyens de ces zones périphériques qui ne comptent réellement que sur des cartes sont conviés à trouver des repères, notamment éducatifs pour combler,non seulement le vide laissé par l’Etat, mais également le vide du futur qui se dessine devant eux. Dans de tels environnements, où se déploie une diversité de violence, on ne s’étonne pas que toutes alternatives, même celles des idéologies extrémistes, deviennent aguichantes, pour peu qu’elles soient présentées comme salvatrices.

Les groupes terroristes qui sévissent dans cette région ont bien compris l’importance d’un tel vide et plus encore la nécessité de son entretien  pour leur prospérité. Les zones où ils opèrent,  s’implantent avec peu ou prou de réussite et envisagent leur développement dans la bande sahélienne correspondent la plupart du temps à ces espaces vides où des millions sont désormais dépensés, chaque jour, pour gagner une guerre qui aurait pu être prévenue, ou, du moins, aisément contenue.

  Tanger le 25 novembre 2019.

 

[1] Cf https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/11/13/dans-le-nord-du-cameroun-les-attaques-quasi-quotidiennes-de-boko-haram_6019039_3212.html

[2] Cf https://www.lepoint.fr/afrique/angel-losada-au-sahel-le-vide-de-l-etat-c-est-l-oxygene-du-terrorisme-28-02-2019-2297106_3826.php

 

 

 

 

 

 

 

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